Pratiquer les savoirs

09h00

Lise Brosseau
Nina Ferrer-Gleize

Introduction

Cette journée d’étude s’intéresse à la matérialité des connaissances, interrogeant plus spécifiquement les enjeux de structuration, de représentation et d’activation des archives. Elle vise ainsi à mettre en dialogue des chercheur·euses, designers et artistes dont les démarches et productions s’emparent directement de l’archive en tant que matière. De quelles façons diverses les archives peuvent-elles être activées ? Quelles pratiques, quels outils et dispositifs, accompagnent leur configuration, reconfiguration et diffusion ? Quelles représentations produisent ces activations ? Comment les archives, et particulièrement les archives d’images, compulsées, composées, recomposées, participent-elles à la structuration des savoirs ? Enfin, à l’heure où des livres sont détruits dans le processus de numérisation visant à entraîner des modèles d’intelligence artificielle, quelle place, quel avenir donner à la physicalité, à la manipulation et au traitement des fonds de documents dans la construction des connaissances ? Le design graphique, qui pose de façon inhérente cette question de l’organisation et de la hiérarchisation des savoirs, viendra orienter les échanges autour des problématiques spécifiques à l’éditorialisation, à la diffusion, à la mise en relation du texte et de l’image dans le contexte de l’archive.
09h30

Jean-François Bert

Et si tout se résume à une table ? La matérialité des savoirs en question

L’histoire des sciences tient peu compte des conditions matérielles de la production des connaissances. Elle délaisse encore trop souvent les aspects pratiques du savoir, à commencer par le support sur lequel le savant produit son œuvre. Depuis quand le bureau ou la table sont-ils devenus des espaces spécifiques du travail scientifique ? Cabinet d’étude de la Renaissance, tables de dissection, paillasses de laboratoire, bureaux d’écrivains au XIXᵉ siècle, boudoir féminin… L’histoire de la modernité savante ne pourrait-elle se réduire, en fin de compte, à une posture : être assis à sa table ?
Sociologue et historien, Jean-François Bert explore la production des savoirs et des connaissances en articulant deux perspectives. Une histoire matérielle des savoirs, attentive aux lieux, appareils et dispositifs qui ont façonné les sciences modernes et une anthropologie comparée des pratiques savantes, inspirée de Marcel Mauss. Ses travaux : Comment pense un savant. Un physicien des Lumières et ses cartes à jouer (Anamosa, Paris, 2018) ; Avec Jérôme Lamy, Les têtes pensantes ou la pose des savoirs (Anamosa, Paris, 2025).
10h30

Anne Reverseau

Exposer les coulisses visuelles du travail littéraire. Rôles de l’archive dans le projet « Murs d'images d’écrivains »

Cette communication revient sur la réalisation d’un livre collectif et d’une exposition sur les « murs d’images d’écrivains » (livre publié par les Presses universitaires de Louvain en 2023 et exposition présentée au Musée L de Louvain-la-Neuve au printemps 2024) dans le cadre du projet de recherche européen (HANDLING, 2019-2024, www.projethandling.be). Après une présentation du contexte (projet de recherche, travail en équipe, attentes liées à l’exposition), je m’attacherai à présenter le parcours de l’exposition à travers des plans de scénographies, des photographies de montage et de communication ainsi que de la visite virtuelle (https://visite-virtuelle.uclouvain.be/expos/murs-dimages-decrivains/). Ce sera là l’occasion de réfléchir aux liens entre le métier de chercheuse, en particulier le travail de l’archive, et les gestes de la curation.
Ancienne élève de l’École Normale Supérieure de Paris et agrégée de Lettres modernes, Anne Reverseau est aujourd’hui Professeure de Littérature française et Chercheuse qualifiée au FNRS. Entre 2019 et 2024, elle a dirigé le programme ERC HANDLING sur la manipulation des images par les écrivains, à l’UCLouvain (www.projethandling.be). Spécialiste des modernités poétiques et des rapports entre littérature et photographie, elle a publié Le Sens de la vue. Le regard photographique de la poésie moderne (SUP, 2018) et de nombreux ouvrages collectifs portant sur le portrait photographique, les cartes postales ou les « murs d’images d’écrivains ». Elle travaille aujourd’hui sur la place de l’exposition dans la recherche en littérature et elle intervient régulièrement comme commissaire d’exposition (Cartes postales, nouvelles d’un monde rêvé, Rencontres d’Arles 2019, Pays de papier, Musée de la photographie à Charleroi 2019, Murs d’images d’écrivains, Musée L, 2024…).
11h30

Raoul Bonnaffé

1 image + 1 image = 3

À travers une présentation de « la musée » et de ses formats de présentation des images, on verra comment un projet iconologique à la Panofsky a fini par explorer aussi les images entre elles comme pouvait le faire un Warburg, laissant plus de places aux accidents et aux interprétations. Ce glissement s’est aussi fait par certains aspects techniques, certains imposés, d’autres choisis, et on verra comment cette réflexion pourrait se poursuivre dans de nouvelles mises en forme de la base de données.
Raoul Bonnaffé est designer graphique. Son travail de DNSEP à l’ÉSAD Valence l’a amené à créer et à enrichir une base de données iconographique en ligne d’images de la Renaissance, lamusee.fr. Cette recherche se poursuit et s’enrichit depuis 2013. Sa pratique de designer au sein du collectif Bonjour Monde a longtemps tourné autour de la question des logiciels libres, de la technique et de ses effets sur le savoir et sa transmission. Il lui arrive aussi de fabriquer des livres en Ardèche, chez Longs Processus, pour sa maison d’édition, conjonction.org.
14h00

Alexia de Visscher

Colporter l’almanach: organisation et diffusion parallèles

Dans le cadre de la recherche Les nouveaux habits du colportage, à propos des modalités et infrastructures de partage des para-bibliothèques. À partir de L’Almanach des bibliothécaires pirates pour cette année 2026 il sera question de présenter comment une recherche en art peut à la fois se médiatiser dans un objet éditorial spécifique au prisme du sujet qu’elle explore, autant que d’examiner cet objet au regard de l’histoire comme une articulation de partage du savoir consciente et engagée, en marge des autoroutes de la diffusion.
Alexia de Visscher développe une pratique artistique dédiée au livre. Graphiste éditoriale, éditrice et enseignante, elle questionne le livre en devenir, les notions de document, d’archive et de multiple ainsi que les écosystèmes des bibliothèques. Elle collabore étroitement avec des éditeur·ices, des auteur·ices et des artistes, articulant les différentes architectures du livre, les processus et usages et qui le façonnent. Elle a initié plusieurs projets éditoriaux qui rendent compte de la pratique éditoriale en tant que pratique artistique. Elle attache une attention particulière aux dispositifs et aux relations qui dessinent le livre, à ses contextes d’apparition et de circulation. Enfin, elle a mené de 2023 à 2025 une recherche à propos des bibliothèques pirates spéculant sur l’émergence d’une forme de colportage numérique et local.
15h00

Lívia Melzi

16h00

Lucas Legay
Eve Satouf

Présentations croisées de diplômé·es

Lucas Legay est designer graphique, diplômé de l’ÉSAD Valence en 2025. Sa pratique associe photographie, documentation et édition, avec une attention portée à la matérialité des objets et des images. Photographier des livres, documenter des procédés d’impression, collecter et recomposer des archives sont autant de manières d’interroger la construction des documents et les récits qu’ils produisent. De l’imprimé aux dispositifs numériques, il explore les passages entre l’objet et sa représentation, et conçoit des formes de lecture et de diffusion des fonds qu’il traverse.
Eve Satouf est designeuse graphique basée à Lyon, diplômée de l’ÉSAD Valence (DNSEP) en 2026. À la croisée du design éditorial, du dessin de caractères et des recherches féministes, elle interroge la manière dont des formes graphiques peuvent transmettre et réactiver des savoirs. Elle s’intéresse aux récits minorés, aux voix invisibilisées et aux gestes oubliés, qu’elle exhume, réactive et éditorialise pour leur donner forme et les donner à voir.